Les longues nuits hivernales recèlent mille merveilles pour les amoureux des étoiles. Découvrez celles situées autour du plus célèbre chasseur céleste, Orion !

par Carine Souplet

Pour trouver le coin de ciel qui nous intéresse, il faut se tourner le soir en direction du sud et porter son regard pas trop haut au-dessus de l’horizon. Selon l’avancement dans la saison, recherchez Orion, notre constellation de départ pour cette randonnée, plutôt au sud-est à la mi-décembre vers minuit, plein sud autour du 15 janvier à 23h et vers le sud-ouest à la mi-février dès 22h (heures locales).

Orion le chasseur

Sans discussion, la constellation d’Orion est la vedette des nuits d’hiver. Le sablier formé par ses sept étoiles les plus brillantes rend son repérage aisé. Autour de cette forme caractéristique, l’arc d’étoiles formant le bouclier du chasseur est facile à localiser, les astres matérialisant son bras droit levé l’étant un peu moins (pointillés sur la carte). La mythologie relate de nombreuses histoires au sujet de ce héros beau et puissant, qui était si grand que lorsqu’il marchait dans la mer, sa tête dépassait des eaux. Tué par le Scorpion, Orion fut placé par les dieux à l’exact opposé de son ennemi dans le ciel pour qu’ils ne se rencontrent plus. Sa figure céleste était crainte des marins de l’époque antique car lorsqu’elle apparaissait au-dessus de l’horizon est à l’automne, c’était le signe que la saison des tempêtes approchait.

carte du ciel au voisinage de la constellation d'Orion
La région d’Orion se recherche au-dessus de l’horizon sud. Traversée par la Voie lactée, elle est riche en observations.
crédit : Carine Souplet - Stelvision

Plusieurs étoiles remarquables constituent la constellation d’Orion : Bételgeuse, qui marque son épaule droite, est la plus brillante. La distance de cette géante rouge est incertaine, de l’ordre de 500 années-lumière. Enorme avec un diamètre d’environ 1 000 fois celui de notre Soleil, Bételgeuse est en fin de vie et explosera en supernova d’ici à quelques milliers d’années : elle sera alors visible en journée depuis la Terre durant plusieurs jours. Sa magnitude varie irrégulièrement autour de 0,5.

Au pied gauche d’Orion, repérez la blanc-bleutée Rigel, située à environ 900 années-lumière. Une cinquantaine de fois plus grosse que le Soleil, cette supergéante brille environ 45 000 fois plus que lui ! C’est la sixième étoile la plus lumineuse du ciel avec une magnitude de 0,3.

A mi-chemin entre ces deux étoiles, l’alignement de trois astres, Alnitak, Alnilam et Mintaka est immanquable : il matérialise la ceinture du chasseur. Juste en dessous, un groupe stellaire entouré d’une nébulosité est visible à l’œil nu : c’est l’épée d’Orion, où se trouve le plus bel objet du ciel boréal : la Grande nébuleuse d’Orion.

carte de la constellation d'Orion
La constellation d'Orion. Le cercle bleu indique le champ de vision couvert par des jumelles autour de La Grande nébuleuse d’Orion (M42).
crédit : Stelvision
photo ceinture d'Orion, épée d'Orion, nébuleuse M42
La ceinture (en haut) et l’épée d’Orion (en bas) recèlent de nombreuses nébulosités. La plus brillante, M 42, est tout en bas de cette image.
Crédit : Carine Souplet - Stelvision

Appelée aussi M 42, c’est un grand nuage de gaz et de poussières situé à environ 1 350 années-lumière. De magnitude 4 et avec une surface équivalente à quatre pleines lunes pour sa partie la plus brillante, cette nébuleuse se repère facilement à l’œil nu lorsque le ciel est dénué de pollution lumineuse, son emplacement étant de plus marqué par plusieurs étoiles.

Aux jumelles, M 42 est immanquable même sous un ciel de banlieue, sa forme rappelant celle d’un oiseau aux ailes déployées. Juste au nord, une nébuleuse plus petite est accolée : c’est M 43, qui figure la tête de l’oiseau lorsqu’on observe aux jumelles.

Pour les possesseurs de télescopes, la Grande nébuleuse d’Orion offre de nombreux détails supplémentaires, d’autant plus si le ciel est bien noir. Ces chanceux peuvent grossir sur la partie la plus brillante ou se niche un amas de jeunes étoiles nées de la contraction des gaz de la nébuleuse… Car M 42 est un creuset stellaire ! Suivant l’instrument et le grossissement, il est possible d’en compter quatre à six.

A noter pour les plus aguerris qui l’observeront dans de bonnes conditions avec un télescope de plus de 200 mm de diamètre, c’est l’un des rares objets nébuleux dont on peut voir des nuances de couleurs visuellement : du vert assez facilement, mais aussi un peu de rouge (dans 350 mm de diamètre et plus).

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Le Grand Chien

Marchant au sud-est dans les pas d’Orion, le Grand Chien est son fidèle compagnon. Cette constellation est simple à localiser car on y trouve la plus brillante étoile du ciel, Sirius (ardent en grec), de magnitude -1,5 mais dont l’éclat est atténué en France métropolitaine en raison de sa faible hauteur sur l’horizon.

Deux fois plus grosse que le Soleil, Sirius est à 8,6 années-lumière de nous. De couleur blanche, sa température de surface est d’environ 10 000 °C. C’est l’étoile principale d’un duo composé également d’une naine blanche de magnitude 8 nommée Sirius B, qui constitue un défi d’observation pour les astronomes confirmés, tant cette petite compagne est noyée dans l’éclat de sa voisine !

carte constellation du Grand Chien
La constellation du Grand Chien. Le cercle bleu indique le champ de vision couvert par des jumelles.
crédit : Carine Souplet - Stelvision
photo M 41
L’amas ouvert M 41 dans le Grand Chien.
crédit : SDSS

En plaçant Sirius en haut du champ des jumelles, on localise en bas l’amas ouvert M 41 (4 degrés au sud de l’étoile). Situé à environ 2 350 années-lumière, il est à la limite de la visibilité à l’œil nu. Aux jumelles, d’un diamètre équivalent à la pleine lune, il est constitué d’un amas principal d’une vingtaine d’étoiles brillantes et d’un astre isolé au sud-est, le plus lumineux avec une magnitude de 6. Une centaine d’étoiles plus faibles donnent à M 41 toute sa richesse lorsqu’on l’observe avec un petit instrument à faible grossissement (20 à 40 fois).

La Licorne et le petit Chien

Au-dessus du Grand Chien et dans le sillage d’Orion galope la Licorne. Créée au XVIIe siècle, cette constellation ne véhicule donc aucune légende antique. Elle est dessinée par de faibles étoiles coincées entre des constellations voisines bien plus visibles… Et c’est au final la constellation du Petit Chien, marquée par la brillante Procyon (magnitude 0,4) et située juste au nord, qui aide à mieux localiser l’équidé fabuleux. Cependant, ce discret coin de ciel recèle un objet facile à repérer avec une paire de jumelles et qui révèle tous ses charmes dans un petit instrument.

carte constellation du Petit Chien
Les constellations de la Licorne et du Petit Chien, près d'Orion.
crédit : Carine Souplet - Stelvision
photo Amas de l’arbre de Noël<
Représentation de NGC 2264, qui ressemble à un sapin avec la pointe en bas.
crédit : Carine Souplet - DSS

Numéroté NGC 2264 (NGC pour New General Catalog), les astronomes préfèrent appeler l’Amas de l’arbre de Noël : c’est donc une observation de saison ! Presque aussi grand que la pleine lune, cet amas se repère à l’œil nu lorsque le ciel est noir, grâce à son étoile principale de magnitude 4,6, S Monoceros, qui marque la pointe supérieure d’un triangle très aplati avec Bételgeuse et Procyon. Sous des cieux plus urbains, il faut s’armer de jumelles pour le repérer. Une quinzaine d’étoiles au moins apparaissent, distribuées en une forme qui rappelle clairement un sapin… la tête en bas ! S Monoceros, la plus brillante, matérialise le tronc. Les autres astres ont un éclat moindre et homogène, à l’exception de celle marquant le sommet du sapin, un peu plus lumineuse. Cet amas ouvert est superposé à une nébuleuse contribuant à enrichir son aspect, même si elle est peu marquée visuellement. Un petit instrument (lunette de 60 mm, télescope de 115 mm) avec un grossissement de 20 fois est optimal pour l’observation de cet arbre céleste.

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photo

Pour le plaisir des yeux: une superbe image de NGC 2264 prise par l'Observatoire Européen Austral au Chili, dans le désert de l'Acatama. La photo a été inversée pour faire ressortir la silhouette de l'Arbre de Noël dans le bon sens. La nébuleuse superposée à l'amas apparaît magnifiquement comme une draperie rouge. Elle est appelée nébuleuse du Cône en raison de la forme sombre qui pointe vers le fameux sapin, en haut de l'image.

La luminosité des étoiles et de la nébuleuse est bien sûr fortement accentuée par rapport à ce que l'on voit en réalité avec de petits instruments amateurs.

crédit : ESO - Wikimedia - licence CC BY 4.0

Les Gémeaux

Connaissez-vous Castor et Pollux, les jumeaux célestes ? Ces deux frères, fruits des amours de Zeus avec Léda, réussirent à calmer une furieuse tempête menaçant de faire chavirer le bateau des Argonautes. Une légende qui explique pourquoi les marins aimaient les invoquer en cas de mauvais temps : ils apparaissaient alors sous la forme de feux de Saint-Elme. Ils sont le symbole des liens forts entre les mortels (comme Castor) et les immortels (comme Pollux) car après que son frère ait été tué, Pollux demanda à Zeus à ce qu’il puisse remplacer son frère la moitié du temps au royaume des Morts. Pour célébrer cet attachement, les dieux choisirent finalement de les placer ensemble dans le ciel.

Castor et Pollux sont ainsi les deux brillantes étoiles principales de la constellation des Gémeaux, située au nord-est d’Orion. Castor, géante blanche de magnitude 1,5 est située à 45 années-lumière. C’est l’étoile principale de la constellation, pourtant elle est un peu moins brillante que Pollux, de magnitude 1,2 et dont la couleur est plus orangée.

carte constellation des Gémeaux
La constellation des Gémeaux. Le cercle bleu indique le champ de vision couvert par des jumelles autour de l'amas M35.
crédit : Stelvision

Au nord-ouest du pied gauche de Castor, vous trouverez l’un des plus beaux amas ouverts de l’hiver, M 35. On peut le localiser à l’œil nu même sous un ciel de banlieue, grâce à trois de ses étoiles particulièrement brillantes. Aux jumelles ou avec un petit instrument, à l’abri de toute pollution lumineuse directe (lampadaire…), ces trois astres sont évidents. De nombreuses étoiles plus faibles parsèment aussi l’ensemble de l’amas, parfois en s’organisant en paquets ou en file indienne. M 35 est riche et offre une image agréable. Avec un petit instrument et un grossissement de 40 fois, on peut même repérer un deuxième amas ouvert beaucoup plus petit à l’ouest, si faible qu’il reste nébuleux : c’est NGC 2158, le petit défi à repérer pour cette randonnée !

photo amas M35
L’amas ouvert M 35 (à gauche) s’observe aisément aux jumelles. Son compagnon NGC 2158 (à droite) est plus difficile à déceler.
Crédit : Dieter Willash
Carte Stelvision 365

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